La Ve République s’est écrite en partie avec cet homme, que rien ne prédestinait pourtant à entrer dans son histoire. Lionel Jodpin, premier ministre de cohabitation entre 1997 et 2002, doublement candidat socialiste à l’élection présidentielle, est décédé à 88 ans ce dimanche. Son ascension politique remarquable n’a d’égale que la brutalité de l’évènement qui y mit fin, un certain 21 avril 2002. Ce jour-là, la gauche est éliminée du second tour au profit de Jean-Marie Le Pen. Préfiguration d’une époque qui est désormais la nôtre, où le Front devenu Rassemblement national constitue la principale force politique du pays.
Né à Meudon, le 17 juillet 1937, Lionel Jospin est le cadet d’une famille où dominait la figure du père, un tribun. Robert Jospin était un singulier personnage, héritier de ce courant libertaire et humaniste qui a traversé le dernier siècle. Il avait entendu Jean Jaurès à Saint-Quentin, sa ville natale, et avait connu Léon Blum. Jospin père adhéra en 1924 à la SFIO, ancêtre du Parti socialiste, puis fut candidat aux élections législatives de 1936. Son fils Lionel confiait avoir été élevé dans «un certain rigorisme», tout en gardant de son adolescence le souvenir de ces retrouvailles joyeuses, de ces conversations animées, où l’on plaisantait et s’opposait avec vigueur. «Être le fils de ce débatteur m’a donné confiance», disait-il en 1989 au sujet de la figure paternelle. Avec un tel père, il faut rompre pour se trouver. Lionel Jospin actera vite cette rupture. À 15 ans d’abord, quand il se détachera de la religion protestante. Il découvre les vertus de la laïcité et de l’agnosticisme. Un peu plus tard, en 1955, quand la guerre fait rage en Algérie, le fils rejette la politique de Guy Mollet et les choix de la SFIO ; et donc, peu ou prou, les aspirations de son père.



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